Les GAFA sont-ils au-dessus des lois ?

16 juin 2021

Google, Apple, Facebook, Amazon (GAFA) et autres géants du Web, sont incontournables et pèsent des milliards. Ces sociétés détiennent des parts de marché exorbitantes et sont implantées à l’international. Impossible d’échapper à leur puissance, au point que les États semblent faibles face à eux. Le 6 janvier, l’ancien président des États-Unis, Donald Trump, exhorte ses troupes à marcher vers le Capitole pour contester la dernière élection. On connaît le résultat… Face à ce grave incident, le réseau social Twitter, ainsi que d’autres plateformes réagissent en bloquant son compte.

Cette décision inédite questionne : ces compagnies peuvent-elles s’arroger le droit de censurer les moyens d’expression d’une personnalité en raison de ses opinions ? Les GAFA sont-ils au-dessus des lois en décidant de clôturer un compte qui ne leur plaît pas ? Le débat est lancé et il est essentiel ! Car cela est très inquiétant pour nos libertés individuelles. Néanmoins, en Chine, l’État communiste garde le contrôle. Jack Ma, le patron d’Alibaba, critique à l’égard de la gestion des banques par les autorités, a très récemment disparu mystérieusement pendant trois mois ! Dès lors, où est la limite de l’impact des GAFA, et quelles relations entretiennent-ils avec le pouvoir ? Nous allons voir que cette problématique est décidément ambiguë.

Fondateur d'Alibaba, géant du Web, Jack Ma a été rattrapé par les autorités chinoises car trop critique à leur égard
Jack Ma d’Alibaba, visé par le pouvoir communiste.
Photo de Natalie Behring, Wikipedia CC

GAFA vs Trump

Analyse de la censure sur les réseaux sociaux

L’affaire Trump face aux géants du Net est révélatrice. En effet, la décision brusque de couper les canaux de communication du président provient d’entreprises privées et non de la justice du pays. Celles-ci outrepassent donc ici clairement leurs prérogatives au détriment de l’autorité publique, ce qui suscite une vive émotion dans nos démocraties.

« À l’avenir, les leaders seront ceux qui savent donner le pouvoir aux autres. » 

Citation de Bill Gates

Une décision de Twitter choquante

Les GAFA apparaissent comme de nouveaux juges ou justiciers. Récemment, Google, Amazon et Apple ont décidé de supprimer l’accès au réseau social Parler, forum d’expression de l’extrême droite américaine selon eux. Une nouvelle décision unilatérale à propos de la validité des opinions exprimées… Mais alors : la pluralité de pensée est-elle menacée ? À ce rythme, des éléments conséquents du Web pourraient disparaître, comme en Chine…

La réponse de l’exécutif

Trump a pris conscience des dérives des GAFA. Il promulgue un décret le 28 mai 2020 pour limiter leurs effets sur la liberté des citoyens. Le texte dit notamment ceci en parlant de Twitter, Facebook, Instagram et YouTube : « (Ils ont) Le pouvoir de façonner et d’interpréter les évènements publics, de censurer, d’effacer ou de faire disparaître l’information ainsi que de contrôler ce que les gens voient ou ne voient pas. » Ironiquement, Twitter a largement profité de l’utilisation frénétique de ses services par l’ancien président américain ! Une courbe montre clairement un bond énorme du prix de son action à partir du moment de son élection (en 2016).

Donald Trump a largement contribué à la croissance de Twitter, avant d'être censuré par le réseau social
Courbe de l’évolution du prix de l’action de Twitter entre 2014 et 2020

GAFA, amis ou ennemis du pouvoir ?

Quelles réponses face à ces dérives : sanctions ou 5e pouvoir ?

Les gouvernements occidentaux peinent à agir concrètement face aux GAFA. Une question nous interpelle : ces nouveaux empires vont-ils vaciller avec la promulgation de lois antitrust ou vont-ils devenir de fait le « cinquième pouvoir » ?

Petit rappel, les pouvoirs des nations démocratiques se répartissent entre : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Le premier est exercé par le Parlement, qui rédige les lois ; le deuxième par un président, qui met en oeuvre les actions politiques ; le troisième par les instances de justice, qui veillent à l’égale application des lois pour tous les citoyens. La presse est traditionnellement considérée aux États-Unis comme le quatrième pouvoir. Mais le problème de son indépendance se pose. En effet, actuellement, les médias sont la propriété de quelques milliardaires proches des dirigeants. L’autonomie et la marge de manoeuvre des organes d’information sont donc de plus en plus faibles. Conséquence : ceux-ci n’apportent plus de réelle contradiction aux niveaux politique et économique.

Soutiens et adversaires des GAFA

Les GAFA, par leurs stratégies offensives, hors des lois, agacent de part et d’autre de l’Atlantique. Mais les discours des dirigeants varient à leur sujet. D’un côté, les gouvernements (en particulier français) cherchent à les rendre justiciables et imposables. De l’autre, les partis politiques ont constamment besoin de leur puissance d’action pour exister, communiquer, recruter… Barack Obama par exemple a grandement profité de Facebook en 2008 pour être élu. De même, Emmanuel Macron s’est consciencieusement servi des nouvelles plateformes pour s’imposer en 2017 . 

Anaïs Moutot souligne dans les Echos l’exaspération nouvelle des femmes et hommes politiques américains face aux GAFA. Parmi les principaux motifs de plaintes : l’élimination de la concurrence, le pouvoir de censure et les bénéfices qu’elles retirent d’une certaine dérégulation. Néanmoins, les démocrates se satisfont sans doute des mesures de restriction prises par Twitter récemment (voir ci-dessus), laissant la critique à d’autres…

En France, Marine Le Pen a utilisé les réseaux sociaux lors de sa campagne présidentielle de 2017 pour court-circuiter les médias traditionnels. Mais le Rassemblement national craint à présent l’éventualité de sanctions s’il ne respecte pas leurs règles. Le parti souhaite donc mettre en place une législation, effective en Pologne, « (permettant) à un citoyen d’attaquer les Gafa en justice s’il estime avoir été outrageusement censuré. »

Les GAFA tributaires des marchés

Néanmoins, les GAFA ne sont pas aussi infaillibles qu’on peut le croire. Facebook est certes une entreprise gigantesque (3,5 milliards d’utilisateurs), mais elle et les autres doivent suivre le(s) marché(s). Si celui des États-Unis disparaît, l’Europe devra s’aligner, et relocaliser l’activité en Chine par exemple est impensable. Sans ces territoires, l’horizon s’amenuise considérablement. L’interdépendance entre les entités politiques et ces entreprises est donc une réalité. Ainsi, le statu quo se maintient par les transactions et les échanges de services.

Facebook, le F de GAFA, ou Twitter sont tributaires des marchés occidentaux
Facebook et Twitter, deux géants du numérique, pas aussi infaillibles qu’on le croit

GAFA, aides du pouvoir

Deux affaires récentes ont prouvé que les États peuvent se servir des GAFA et vice versa : 

  • Le scandale de 2013 impliquant Google et la NSA, avec le programme top-secret Prism ; 

La technologie blockchain, une solution d’avenir ?

Blockchain : définition

Le site blockchainfrance.net est une bonne ressource pour comprendre cette technologie née en 2008 avec le Bitcoin. Voici la définition qu’il propose : « La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle (définition de Blockchain France). Elle est la technologie au coeur du Web Decentralisé et de son corollaire, la finance décentralisée. » 

Plus loin : « Par extension, une blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. »

Celle-ci gagne en importance en permettant par exemple aux individus de s’indigner face aux gouvernants dans un cadre plus libre. Il s’agit d’une « chaîne de confiance décentralisée » qui se crée en dehors des systèmes habituels. 

Alors, les nouvelles blockchains permettront-elles un essor démocratique au sein de notre système représentatif en bout de course ?

« À l’heure actuelle, avec les réseaux sociaux et les autres nouveaux outils d’Internet, l’ensemble de ces […] personnes ont un moyen de dire ce qu’ils pensent, et de faire en sorte que leur voix soit entendue. »

CITATION DE MARK ZUCKERBERG
La blockchain, une technologie de décentralisation de l'information
La technologie blockchain : une « chaîne de confiance décentralisée »

Les limites du concept

Impossible de prédire encore l’efficacité absolue de ce moyen. Il suscite beaucoup d’espérance, mais on se souvient avec amertume de l’engouement suscité par les logiciels libres dans les années 1990 et 2000.

La tokenisation de l’économie

Ce nouveau mot à la mode désigne le fait de prendre un actif, créer des jetons (tokens) sur une blockchain et distribuer la valeur de cet actif avec ceux-ci. Cela fluidifie les transactions (contrats, titres de propriété…), car elles sont exemptes de l’intervention humaine. Ce procédé garantit aussi une meilleure liquidité, grâce à moins de contraintes géographiques et temporelles, et une plus grande transparence. L’anonymat est aussi mieux assuré, la traçabilité difficile et les règlementations gouvernementales diverses, nulles. Pour en savoir plus, nous vous conseillons cette conférence TEDx de Clément Jeanneau, cofondateur de la start-up Blockchain Partner :

La technologie occupe une place prépondérante dans nos activités. Elle va se trouver au cœur des performances de nos portefeuilles financiers. Les GAFA sont des géants, dont le prix reste élevé malgré leur taux de croissance. Mais j’émets tout de même des réserves quant à leur cherté.

Prudence tout de même avec les GAFA, car ils sont peu nombreux donc risqués. Apple souhaite s’imposer dans la fabrication de semi-conducteurs (et peut-être même dans l’automobile), un exemple du danger que peuvent représenter ces multinationales ; mais le bénéfice potentiel est énorme aussi. Ainsi, à titre personnel je privilégie les bons ETF, permettant d’acheter un secteur sans surpondérer telle ou telle entreprise.

La Lettre d’Investissement : La Stratégie Grand Angle

Si vous voulez en savoir plus sur les valeurs high-tech, consultez le dossier dédié de ma lettre d’investissement, co-rédigée avec Guillaume Rouvier, et bénéficiant de la participation de Charles Gave. Car soyons clair, il s’agit du secteur le plus porteur d’évolutions !

Richard DÉTENTE